Nativité de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ

Homélie de 2016

Épître : Ga IV 4-7

Evangile : Mt II 1-12

Christ est né !

En vérité Il est né !

Christ est né !

En vérité Il est né !

Christ est né !

En vérité Il est né !

En cette nuit de la Nativité, j’ai une pensée toute particulière pour ceux qui ont perdu leur logement, tous ceux qui, au Moyen Orient, ont perdu toute stabilité et sécurité, ont été jeté dans la rue, jeté dehors par les bombes. Nous sommes meurtris par tout ce qui se passe au Moyen-Orient. Comment fêter Noël, moment de la trêve et de la paix, sachant que la guerre est encore en action et qu’elle jette des innocents hors de leur logement et les livre à une précarité dramatique.

On ne peut pas ici se réjouir sans faire mention de l’humanité souffrante. La Nativité, c’est le moment où nous célébrons la réconciliation de Dieu avec les hommes et des hommes avec Dieu ; le moment où on devrait vivre une grande fraternité. C’est pour cela que le Christ est venu. Ce n’est pas cela qui s’accomplit parce que les êtres humains ont le cœur fermé à la Présence de Dieu. Fêter la Nativité c’est ouvrir son cœur à cette Présence de Dieu, « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes ».

Il ne s’agit pas simplement de célébrer une fête extérieure, de faire le mémorial d’une naissance qui s’est vécue il y a 2000 ans, bien plus ! Il s’agit aujourd’hui de faire de notre cœur, une crèche où peut venir reposer l’Inaccessible, le Messager de la paix, Celui qui est venu nous révéler que nous sommes tous participants de la même humanité, que nous sommes tous frères et sœurs en humanité, qu’il y a une unité fondamentale et ontologique de l’humanité. Alors que nous sommes tous frères et sœurs, nous nous combattons parce que nous nous identifions à une nation, à une ethnie, à une religion, à une culture, et nous rejetons ceux qui ne partagent pas nos références. Nous nous sentons menacés par l’autre dans sa différence.

Celui qui vient ce soir est né dans une grotte parce qu’il n’y avait pas de place dans l’hôtellerie ! Venant en ce monde pour amener l’humanité vers sa pleine libération, il n’est pas accueilli. Il est l’étranger, Il s’identifie à tous ces étrangers que nous ne voulons pas accueillir. N’accueillant pas l’étranger, c’est le Christ Lui-même que nous n’accueillons pas ! Fêter la Nativité c’est dire, ou chanter avec les bergers : « gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance parmi les hommes », bienveillance parmi les hommes ! Chanter cette bienveillance, célébrer la venue du Christ ne veut rien dire si nous n’accueillons pas le Christ dans notre cœur, si nous ne sommes pas des artisans de paix, sachant accueillir chaque être humain qui est frère ou sœur en humanité.

Nous ne pouvons pas célébrer la fête de la Nativité et fermer notre cœur à l’autre. Ce serait en totale contradiction avec les évangiles puisqu’il est dit : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Aujourd’hui l’humanité est encore dans les bruits assourdissants de la guerre, dans la logique de la destruction de l’autre, de la planète et finalement de la vie. L’esprit de prédation et de destruction est le fait de l’homme extérieur, de l’ego !

Aujourd’hui le Christ naît dans la grotte, dans le silence ! La vie pousse dans le silence, les germes, les plantes poussent en silence. Toute la vie est rayonnante dans le silence même, et le Christ vient dans le silence. Par contre, la destruction se fait dans le fracas, et nous entendons jusqu’ici le fracas des bombes, nous entendons aussi les pleurs et les sanglots et toute la désolation de ceux qui subissent la guerre, pas uniquement la guerre des bombes qui descendent et qui écrasent les maisons ; mais aussi la guerre économique qui met des gens dehors. Même ceux qui travaillent n’ont pas de quoi se loger, ou sont tellement dépourvus de tout, qu’ils sont obligés de migrer et sont trop nombreux à mourir au cours de leur migration. Nous assistons aujourd’hui à «l’anti-Noël», «l’anti-Nativité» par le fait d’un cœur fermé et d’un monde fermé sur lui-même qui ne sait pas accueillir l’Ineffable, Celui qui est au fondement même de notre réalité.

 

Nous sommes dans un temps où il est devenu urgent et essentiel que les consciences se réveillent, et non seulement les consciences, mais aussi le cœur afin que nous soyons dans la bienveillance les uns avec les autres et qu’enfin, les uns avec les autres, nous ouvrions la possibilité d’un avenir pour l’humanité. Avenir aujourd’hui compromis. Compromis par l’appât du gain, par les spéculations, par la dévoration des passions humaines qui ne cessent de s’exercer et de se multiplier jusqu’au point de nuire à la vie même.

« Celui qui est la vie » nous invite ce soir à vivre un vrai retournement, une vraie conversion, de nous évider au-dedans de nous, à faire taire l’ego, faire taire aussi nos prétentions, pour enfin Le laisser être en nous, le laisser naître en nous. En cette nuit de la Nativité, le Seigneur nous fait signe et nous invite à faire une place dans l’hôtellerie de notre cœur afin qu’Il puisse naître en nous et qu’enfin, nous puissions naître en Lui, naître en tant que « fils de Dieu ». Nous sommes nés en ce monde par nos parents, nous avons à naître en tant que fils de Dieu, selon la parole que Jésus a adressé à Nicodème (Jean 3). Cela veut dire nous affranchir de tous les conditionnements, de toutes les identifications, de tout ce à quoi on est identifié (aux ethnies, aux cultures, aux religions), tout ce en quoi on s’enferme dans les catégories de ce monde, pour entrer dans la vraie dimension de l’être humain à laquelle le Christ nous invite. Dimension de l’être vertical, de l’homme intérieur qui transcende les catégories religieuses, avènement de par l’être céleste qui n’est pas de ce monde mais qui, dans ce monde, doit être un artisan de paix, un agent de réconciliation, un être de dialogue. L’avenir sera dans le dialogue ou ne sera pas. Nous sommes inscrits dans une communauté de destin qui ne peut s’édifier les uns contre les autres mais les uns avec les autres. Cette édification commune suppose que chacun soit respecté dans sa dignité et dans sa différence. C’est sur ce fondement éthique que nous pourrons construire un avenir qui soit prometteur et renverse totalement la logique de l’argent, du consumérisme, de la prédation dans laquelle nous sommes. Logiques qui sont destructrices.

Que cette fête de la Nativité soit un moment marquant dans notre vie pour qu’enfin on puisse dire qu’il y a eu « avant », et maintenant il y a « après » ; et que nous soyons dans une décision intérieure d’ouvrir notre cœur, de laisser Dieu naître dans notre cœur afin que ce ne soit plus nous, plus moi, plus mon ego, mais Dieu en moi, qu’Il puisse enfin naître et enfin faire rayonner non seulement son Message, mais surtout sa Présence et finalement nous faire advenir comme fils de Dieu. Il est Lui, le « prototype » de cette filiation ; Il ne cesse de nous inviter : « voici que je me tiens à la porte et que je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre, j’entrerai chez lui pour souper avec lui, moi près de lui, et lui près de moi » Ap 3/20.

L’avenir est à l’homme intérieur. La seule révolution qui n’a jamais été faite, c’est le passage de l’homme extérieur (de l’ego), à l’homme intérieur (à l’être). Aujourd’hui la seule réponse au défi de notre temps est celle de l’avènement de l’homme intérieur, de l’enfant Divin que nous portons en nous. Il est grand temps que nous enfantions cet enfant Divin et que nous atteignions à cette dimension profonde de notre être, en faisant que l’homme extérieur reflue et s’efface devant l’être pour qu’enfin nous puissions vivre une communauté de destin qui soit joyeuse, pacifique, dans le dialogue, dans la construction ensemble et que nous cessions nos petites tensions qui sont sans consistance.

Que le Seigneur nous aide, que l’Esprit Saint soit avec nous et qu’enfin la naissance de Dieu s’actualise dans chaque cœur humain pour l’avènement du Royaume dans ce monde et pour la plus grande gloire de Dieu, Père, Fils, Saint Esprit.
Amen

Christ est né !
En vérité Il est né !

 

Père Philippe Dautais