Le carême, printemps de l’âme

Depuis lundi, nous sommes entrés en période de carême. Quarante jours qui ne sont pas sans nous rappeler les 40 ans du peuple hébreu au désert et les quarante jours du Christ au désert juste après son baptême. Quarante jours de purification, de pèlerinage intérieur vers le coeur, vers la source, vers la terre promise. Pourquoi une telle quarantaine, un temps de désert, de mise à l’écart ?

Nous ne devons pas oublier que ce pèlerinage nous conduit à la fête de Pâques où l’on célèbre la victoire définitive de la vie sur la mort. Cette fête oriente et donne sens à tout le carême, elle nous situe dans la quête de la vraie vie.

Pour découvrir cette vie, que les anciens nommaient la Vie de la vie, il nous est nécessaire de nous mettre en retrait des sollicitations existentielles, de l’agitation extérieure et de limiter, autant que faire se peut, notre participation au monde de la consommation qui nous fait oublier l’essentiel.

En bref, sortir des habitudes et des automatismes pour entrer dans une attitude plus consciente donc plus responsable mais aussi pour ouvrir la conscience sur le sens de notre vie et revenir à l’unique nécessaire. C’est là le sens du jeûne non strictement en tant qu’abstinence totale, mais déjà comme limitation volontaire des besoins et libération des différents modes d’aliénations au monde.

Du jeûne à l’exercice de la vigilance

Le jeûne nous rappelle que la destinée de l’homme dépasse les frontières de ce monde, que « l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui vient de la bouche de Dieu » Mat 4/4.

L’homme est un être mangeant, qui grandit et entretient la vie par l’assimilation d’aliments. Si l’on veut diminuer notre dévoration du monde, nous devons nous nourrir de la Parole Biblique, de l’Evangile, de la prière mais aussi de la beauté, nous nourrir spirituellement. Jeûne et prière sont liés. Diminuer la participation au monde pour augmenter la participation à Dieu.

Tous ceux qui ont une pratique du jeûne connaissent ses effets bénéfiques tant corporels que spirituels. Si l’abondance des aliments alourdit l’esprit et fatigue le corps, le jeûne au contraire met le corps au repos et permet de se tenir éveillé donc vigilant.
La vigilance est la clé et le nerf de toute vie spirituelle, elle est la condition de l’éveil.

Le jeûne aiguise son exercice et ouvre des horizons insoupçonnés. Il est donc, non seulement un moyen de purification corporelle mais aussi de purification spirituelle. Tout d’abord, il permet un apaisement des pensées, il clarifie l’esprit, purifie le c?ur, empêche l’excès des humeurs, puis par le ralentissement du métabolisme, il renforce la capacité de concentration et stimule l’aptitude à la vigilance.

Par le seul fait de la diminution voire l’absence d’apport énergétique, le jeûne oblige à devenir plus attentif à soi-même, plus conscient de ses gestes, plus économes dans ses déplacements. A cause de la diminution des forces physiques, il s’accompagne d’un mouvement naturel d’intériorisation et demande une plus grande attention aux faits et gestes. Il introduit un autre rapport à soi-même, au monde et favorise l’épanouissement spirituel.

Le jeûne ne doit pas se restreindre au seul aspect alimentaire. Il a pour fin de nous libérer de l’aliénation à la matière et aux biens de consommation ainsi que de tout asservissement aux réalités de ce monde. Il est finalement un moyen efficace pour lutter contre les passions et installer la tempérance.

La tempérance

Celle-ci consiste en l’usage modéré de chaque chose. Elle est le mode de la maîtrise de soi, le moyen pour soumettre la convoitise puis toutes les passions à l’autorité de la conscience. La tempérance est certainement le moyen privilégié pour conduire vers l’intégrité ou l’unité intérieure c’est à dire pour unifier la pensée, la parole et l’acte. Elle facilite en ce sens la connaissance de soi et la découverte de son être profond.

Jeûne et partage

Si le jeûne a une finalité spirituelle, il ne peut être dissocié du partage. Par le jeûne, nous devenons solidaires de tous ceux qui n’ont pas le minimum nécessaire et pouvons mieux comprendre de l’intérieur ce que peut être leurs souffrances. De cette manière, le jeûne fait naître la compassion. Saint Ambroise de Milan a cette parole : « fait abstinence 40 jours, mais n’oublie pas que l’argent ainsi économisé en te privant doit être pour le pauvre qui n’a rien à manger ».

Ainsi la pratique du jeûne est une clé. Elle est certainement un des moyens les plus puissants pour la conversion intérieure car elle opère un changement de regard sur le monde, sur les réalités du monde et sur l’autre.

C’est le moment ou jamais de faire ce petit effort qui apporte de si grands profits et peut venir révolutionner notre existence et nous faire participer au souffle de la résurrection à l’oeuvre dans le cosmos.

Bon carême et belle ascension vers Pâques.

Avec vous de tout cœur.

 

Père Philippe Dautais